Apple s'est vu accorder un autre brevet aujourd'hui. Cela a déclenché une nouvelle tempête(en) médiatique(en) dont le sujet est : la firme de Cupertino en est-elle pour autant légalement armée pour évincer tout autre fabriquant de smartphones du marché ? du moins du marché des appareils tactiles multipoints ? Comme d'habitude, cette hystérie découle principalement d'une mauvaise interprétation des revendications du brevet et des fonctionnalités de iOS concernées par ces revendications. La raison pour laquelle nous répétons obstinément la même regrettable erreur m'échappe. Mais je sais qu'il est toujours préférable de lire les revendications et de les comprendre par nous-mêmes. Dans le cas d'espèce, leur portée est limitée.

L'important, pour comprendre les brevets, est d'en lire les revendications, c'est-à-dire le détail des contributions innovantes à l'état de l'art que revendique le brevet1. C'est la première étape. Chacun des éléments (termes, expressions, conditions, hypothèses...) de chaque revendication a son importance. Il n'y a violation que lorsque l'objet accusé de violation touche à l'ensemble des éléments. Ne perdez pas votre temps à lire un article traitant de propriété industrielle qui n'analyserait pas les revendications du brevet dans le détail. C'est aussi simple que cela. Allons-y ! Prenons la première revendication du brevet n° 7 966 578(en) accordé le 21 juin. Elle est extrêmement spécifique :

  1. Il faut un « appareil portable multifonctions doté d'un ou plusieurs processeurs, de mémoire et d'un écran tactile ». C'est le cas.
  2. Cet appareil doit afficher « une partie d'une page web dans une fenêtre fixe » et cette partie doit comprendre aussi bien du contenu standard de page web qu'un « cadre de page affichant une partie du contenu du cadre », par exemple une carte Google Maps incorporée dans une page : il s'agit d'un cadre [au sein d'une page web] qui affiche un contenu (la carte) différent de celui de la page.
  3. L'appareil portable doit pouvoir « détecter un mouvement rectiligne2 effectué à l'aide d'un doigt » et y répondre en déplaçant le contenu de la fenêtre principale, y compris le cadre. Ce qui signifie qu'un défilement opéré avec un seul doigt doit faire défiler toute la page.
  4. Enfin, l'appareil portable doit pouvoir « détecter un mouvement rectiligne effectué à l'aide de deux doigts » et y répondre en ne faisant défiler que le contenu du cadre, donc pas celui de la fenêtre principale. C'est exactement ce qui se passe sur un iPhone : un « pincer pour zoomer » sur une carte agit sur la carte sans toucher au reste de la page. Une vidéo le traduit bien mieux :

<Vidéo>(en)

C'est tout ! Le brevet ne porte que sur cela. Les autres revendications du brevet essaient de ratisser large en changeant le nombre exact de doigts dans des variables N et M, et en laissant envisager d'autres applications qu'un navigateur mais l'essentiel ne change pas : on continue d'interagir avec un affichage principal en usant de N doigts, et d'interagir avec un cadre de cet affichage en usant cette fois de M doigts, et dans ce dernier cas, d'une façon qui laisse l'affichage principal intact.

Il s'agit là d'un brevet plutôt spécifique et je pense que les ingénieurs pointus3 de chez Google ou Microsoft (ou encore Motorola, Samsung, HTC ou autre) n'auront aucun mal à le contourner ; ce n'est qu'un type bien spécifique d'interaction tactile multipoints. Le terme « brevet iPhone » me paraît donc tiré par les cheveux. Cela étant, c'est un brevet de plus dans la besace d'Apple grâce auquel l'iPhone est ce qu'il est4. La firme de Cupertino pourrait très bien s'en servir dans le futur contre un autre fabricant. Mais bon, Apple étant déjà aux prises avec HTC, Samsung et Motorola, un brevet de plus ne changera pas grand-chose dans la bataille judiciaire. Alors, si vous le voulez bien, respirons profondément5 et surtout, n'oublions pas à l'avenir de lire le détail du brevet. Tout le monde en sortira gagnant.